Quand le corps humain devient baromètre

En 25 après J. C., Sénèque quitte l’étouffante Rome pour l’Egypte. Le climat chaud et sec aux hivers doux était idéal pour soigner les affections pulmonaires dont souffrait régulièrement le philosophe. Dans la Lettre 57, 1-2, il  évoque la poussière soulevée par les porteurs et l’air lourd de Rome qui déclenchent son mal de poitrine et problèmes respiratoires : Sénèque n’était-il pas, lui aussi, météo sensible ?

 

Au début du XXème siècle, le médecin français Georges Mouriquand note des liens de causalité entre le vent et la santé des bébés qu’il qualifie d'individus hyper sensibles aux changements de la météo, “sujets à des réactions physio-pathologiques liées aux variations atmosphériques”.

Douleurs rhumatismales, symptômes dépressifs, migraines, troubles du sommeil, hypertension artérielle et douleurs au niveau d’anciennes cicatrices peuvent apparaître chez certains individus au gré des changements de temps ou de certains types de vent comme la bise ou le foehn. Les vagues de froid et d’humidité favorisent les douleurs articulaires. Quant au manque de luminosité en hiver, il peut causer le SAD, Seasonal Affective Disorder. Il touche principalement les individus qui vivent loin des tropiques et voient leur hiver, entre janvier et février, quelque peu gâché par une grande fatigue, un besoin compulsif de manger du sucre et des aliments gras, une prise de poids…

 

Selon l’Institut Suisse de la météorologie, environ 30 à 50% de la population présente les symptômes énoncés ci-dessus lors des changements de temps, les individus les plus concernés sont d’abord les personnes âgées à la santé fragile et les jeunes enfants. Les inter saisons, de par leur nature de “transition” entre vagues de chaleur et retour du froid, augmentent la fréquence d’apparition des pathologies dites “météo sensibles”.

 

Ces dernières années, des variations de température bien plus importantes que la moyenne ont provoqué des tempêtes plus violentes donc une pression atmosphérique plus élevée et des changements dans la force du vent. Ces effets du changement climatique nous laissent penser que la météo-sensibilité des individus aura un impact plus important sur leur quotidien avec le temps. L’Organisation Mondiale de la Santé a lancé, à cet effet, une série de travaux cherchant à mesurer l’impact du changement climatique sur la santé.

 

Si en économie la météo-sensibilité se matérialise au travers de diverses applications cherchant à optimiser conditions météorologiques, gestion de la chaîne logistique, marketing… qu’en est-il pour la météo-sensibilité des individus ? Y a t-il une météo pour les personnes souffrant d’allergie et qui seraient prévenues de la pertinence ou non d’une activité en plein air en fonction des vents ? La réponse est oui, même si les quelques solutions existantes touchent un public plus restreint. Par exemple, l’application canadienne Blisly donne pour chaque utilisateur un indice risque personnalisé en fonction de leur pathologie (allergies, rhumatismes, problèmes respiratoires, migraines, problèmes cardiaques)  et des conditions météorologiques qui les aggravent comme la pression, l’humidité, la température.

 

Nous pouvons imaginer dans les années à venir une plus grande intégration de notre caractère “météo-sensible” dans l’organisation de notre quotidien, en particulier pour les personnes âgées, fragiles et jeunes enfants, qui à la manière de Sénèque, seraient à l'affût des conditions météo optimales pour se soigner, se faire du bien et pratiquer certaines activités.

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